Un génial concepteur : Mogi Massimo Vicentini

Parmi les grands concepteurs, il y a, à mon avis, incontestablement Mogi Massimo Vicentini. Voici une correspondance de cet homme affable et malheureusement plagié. Je me permets ici d’en livrer quelques bribes , qui peuvent par ses références et le niveau de ses réflexions faire comprendre en quoi consiste concevoirsa machine d’anticythère.

Concevoir une machine, c’est s’inscrire dans une histoire qui est déjà une longue histoire critique depuis que de multiples chercheurs (le travail a commencé il y a plus de 100 ans) d’horizons différents (histoire des sciences, mathématiciens, archéologues) essaient de décrypter le fonctionnement de la machine à partir de simples fragments, pour apporter ses propres solutions

A propos de son parcours, voici ce que Mogi Massimo Vicentini écrit

La machine céleste d’Anticythère : ce sont des fragments de génie issus d’une science légendaire.
Il existe de nombreuses recherches, publications et explications sur ce mécanisme incroyable. Je ne donnerai donc pas une explication complète ici, en supposant que le lecteur connaisse les principes de base de la machine (sinon, cela pourrait être un bon point de départ : http: //www.antikythera- mécanisme.gr/ ).
J’ai longtemps été fasciné par cette machine. Après avoir lu l’article classique de Price, j’ai voulu en savoir plus et éventuellement en faire un modèle physique. Enfin, le temps est venu de commencer à travailler.
Mais en commençant à couper les premiers engrenages en bronze (octobre 2006), j’ai découvert deux autres interprétations après celle,classique, de Price : une de Wright & Bromley, dont je ne connaissais rien, et une autre à paraître dans un prochain numéro de Nature par Edmunds et alii.
Les solutions proposées par Price et par Bromley méritent d’être examinées et reproduites, mais à l’heure actuelle, elles sont considérées par la plupart des chercheurs comme présentant uniquement un intérêt historique.
J’ai donc décidé d’essayer le dernier. Cependant, mon modèle final s’écarte du schéma d’engin proposé à l’entrée de mouvement, que je devais rendre plus rapide et plus fluide que ceux du schéma de Price.

mail du 19/10/2014

On peut dire, effectivement, que les premiers modèles comme ceux de Price et Broomley sont encore des modèles historiques qui essaient d’intégrer les dernières informations données par la puissante technique radiographique. Mais avec le temps (et le savoir), la démarche opérationnelle est venue au premier plan.
Mogi Massimo Vicentini se situe dans ce tournant que j’ai pris également : produire une machine d’anticythère avec toutes ses fonctionnalités qui marche. Facile à dire ! En voici plus sur le modèle de conception Mogi Massimo Vicentini

Après un travail long et fastidieux, j’en suis venu à penser que :
* Tous les modèles proposés de la machine d’Anticythère sont plus ou moins hypothétiques et en grande partie incomplets.
* Le grand engrenage solaire 224 avec son pignon radial 48 seul n’a aucun sens en soi: il manque manifestement une partie importante de la machine.
* Le pignon 48 devrait exercer un couple extrêmement élevé en raison du facteur de multiplication élevé. Finalement, je suis arrivé à la conclusion que mon modèle serait sérieusement endommagé ou ne fonctionnerait pas du tout.

J’ai été particulièrement fasciné par le schéma de Bromley, dans lequel un essieu diurne entraîne facilement tous les trains avec une usure minimale. J’ai calculé et appliqué un ensemble pratique à 3 vitesses pour un essieu de 10 jours (mais un mouvement hebdomadaire ou quotidien pourrait également être trouvé – je choisis simplement le rapport le plus simple en main). Il est à noter qu’une division décanale était utilisée dans le calendrier attique, ainsi que dans le calendrier égyptien.


* Sur le dispositif d’origine, le couple excentrique à broches et fentes 50-50 est monté de manière décalée le long de la ligne des apsides, et deux des quatre roues sont nécessairement de diamètres différents avec le même nombre de dents, c’est-à-dire qu’elles ont un module différent. . J’ai délibérément refusé cette solution et gardé les deux engrenages identiques, simplement en déplaçant leurs centres à 90 degrés (tangentiellement plutôt que radialement; le déplacement hors axe est arbitraire). Juste une question de style, mais je pense que Posidonius serait d’accord.
* Je n’ai pas essayé une réplique fidèle de l’original pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, je n’avais pas accès à tous les plans et données qui seraient nécessaires (en revanche, malgré les dernières excellentes techniques radiographiques, les données elles-mêmes sont toujours nécessairement incomplètes).
Alors, qu’en est-il des alliages métalliques comparables à ceux d’origine? Il est clair que notre bronze et notre acier commerciaux se comporteront différemment de ceux-là. Cela rend difficile toute évaluation technique.
Enfin, les techniques et les outils d’usinage sont également totalement différents (perçage, découpage, polissage, lubrification …), mais je n’avais ni le temps ni l’idée de confection manuelle (certains instituts pourraient-ils payer pour cela? … ).


Je ne doute pas qu’un réglage extrêmement fin de certains des essieux et des accouplements à engrenages pourrait faire en sorte que le modèle fonctionne en permanence (…) ; Cependant, cela soulève une question assez importante concernant les anciennes technologies mécaniques et métallurgiques. Des bijoux et des sculptures magnifiques et incroyablement raffinés nous sont parvenus du passé, mais sous forme d’œuvres d’art statiques. Ce système d’engrenage, surtout si [il] (…) implique des contraintes mécaniques pertinentes, des frictions critiques et des tolérances d’usinage: tout cela, sans outils avancés, nécessite en effet des compétences incroyables. Je me demande encore comment ils ont fait …

mail du 19/10/2014

Comment diable, cette machine, une fois toute sa complexité comprise et ses mécanismes de base clairement exposés, pouvait-elle bel et bien fonctionner ? Combien de machines effectivement réalisées dans le monde à ce jour, fonctionnent-elles entièrement (avec tous leurs éléments) ? Comment concevoir des modèles opérationnels et les réaliser ? C’est à ce défi que ce site est consacré.

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